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Films

Mercredi 5 novembre 2008


Qu'elle est classique cette Madame, avec sa raie sur le coté et ses perles aux oreilles.
Elle doit surement revenir du supermarché avec des sacs en papier remplis de légumes du traiteur.


C'est un très court-métrage d'animation intitulé The Moment, pour parler d'un moment précis un peu sacré parce que mystérieux. Le décortiquer, ce moment, et en extirper la poésie, la légerté. Changer la vitesse de lecture du magnéto pour faire apparaître ce qu'on ne voyait pas. Avant la violence du choc et derrière la confusion, les légumes valsent, l'airbag embrasse, les émotions naissent mais le visage, lui, est toujours en phase avec la seconde qui précède.
C'est alors que le magnéto s'arrête sur l'image subliminale d'un cheval arc-en-ciel.

Je le trouve marrant, et il me fait un peu peur...
Il a une manière très artificielle de se déplacer, comme dans un cartoon, et ça a quelque chose de touchant.
J'attend que son sabot balaye le sol avec une patience jubilatoire...
Son regard malicieux stéréotypé, je le retrouve chez Mickey comme chez toutes les mascottes de paquets de céréales.
Je n'ai pas spécialement envie que ce moment s'arrête; il peut continuer un moment, tant qu'il veut même, je ne quitterai pas l'écran des yeux.
Mais il se passe quelque chose. Une petite montée d'angoisse...
Il me fait coucou, oui d'accord si tu veux mais ya une musique un peu stressante là, attend mais au fait pourquoi y'a un cheval en peluche qui galoppe devant moi ? La musique monte, les yeux s'écarquillent, la bouche s'ouvre..
Et les voitures se percuttent.


Pendant une fraction de seconde, sans avoir le temps de savoir ce qu'il se passait, la Madame classique à imaginé un cheval complètement excentrique face à elle, elle a dansé avec lui, il lui a même fait coucou.
On a vu qui elle est vraiment, au seul moment on elle ne pouvait rien contrôler. Oui, la ménagère voit des chevaux arc-en-ciel en revenant du supermarché.

Pourtant à vitesse de lecture normal, rien. Juste un accident et des une tomate écrasée sur le pare-brise.
Cette petite faille ouverte sur son imaginaire à quelque chose de tellement touchant que j'ai soudain envie de la serrer dans mes bras, madame Classique.



Par williamlaboury
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Vendredi 3 octobre 2008
La bande-annonce de Go Fast m'a interpellé, donc j'ai voulu essayer de trouver pourquoi elle fonctionne, et ce qui la rend légèrement différente en terme de rythme et d'images, bien qu'à première vue très conventionnelle.





L'intro de la bande-annonce ne ressemble pas vraiment aux autres : on a déjà une musique de tension. Pas de rythme, juste un battement clair et rapide, presque électrique. On entre directement dans la préparation de quelque chose ("Il se passe quelque chose, je sais pas quoi") au lieu d'avoir la présentation habituelle d'une situation stable ("ils étaient heureux jusqu'au jour où").

On sent quand même la volonté d'aménager une entrée pas trop brusque dans la bande-annonce (fondu dans le même plan). Dans la même idée, le centre de l'action (la rue) est vue à travers une caméra vidéo, dont l'image est elle-même dans un écran : on est encore en dehors.
Jusqu'à ce qu'on entre dans le coeur du propos : image direct de la rue, sans filtre. Musique qui prend un rythme. C'est lancé par la réplique "c'est parti", bien-sûr, et par un bruit de moteur qui démarre dans la seconde qui précède la musique.

Le point de vue s'approche de l'action à la manière d'un zoom ("tu zoom", avec une voix chuchotée qui renforce l'effet de proximité)
C'est la même logique qui nous fait passer d'un plan d'ensemble avec une voiture à un plan rapproché d'une voiture qui roule vers nous.
Silence.

La suite place l'histoire dans un contexte actuel, avec des images réelles d'HLM et une voix-off de présentateur, proches de celles qu'on voit au JT. Tout mène à associer la séquence à une image médiatique : homme qui filme, zooms brusques, amorces, plan sur une caméra, écrans avec curseur, sons d'interférences.

Pour impliquer le personnage dans l'histoire, deux scène se contredisent dans une ellipse : "ce serait con de risquer de faire voir ta tronche avec nous, non ?" / Ellipse / "tu vas infiltrer un réseau de stups". Ca rend la présentation moins artificielle.

La décision du personnage est présentée d'une manière semblable. Un plan s'incruste au milieu du plan sur le papier qui glisse : le chef pose le papier / image supposée de l'Espagne qui illumine un par-brise encore crasseux / le personnage accepte le papier.

Le personnage doit toucher le fond avant d'accéder à sa mission. L'objectif de la scène du GIGN sert sûrement seulement à montrer que c'est dur : c'est dur de faire des pompes, puis il arrive a tirer dans le 10/10, puis c'est dur de se réveiller, et c'est très dur de plonger au fond du gouffre...

Ca appelle une ellipse immense pour le voir prêt. Plus on le quitte en mauvais état, plus on trépigne de le voir fin prêt, super-héro.

On le retrouve effectivement longtemps après (le son du gong d'une horloge), beaucoup de chose ont changé (la passerelle se retourne à 180°).
Fini la gadoue et les plongeons, tout est électronique, y'a plein de nouveau amis intellectuels (3 plans sur des gens de dos).
Une série de flash-forwards (bonds en avant) présentent le travail sur le terrain : plans descriptifs sans mouvement, qui résument des idées.
Le traditionnel "C'est parti" pour lancer l'accélération, suivi d'une série de voitures qui roulent vite.
Alternances de pauses explicatives et de petits coups d'accélération brusques : voiture qui roule, bateau qui fonce sur l'eau, puis voiture qui roule sur l'eau.

C'est suivi d'un assez long moment narratif qui ne raconte pas grand chose, juste pour donner envie que ça accélère.

Puis on est pris de cours par une accélération à l'image (plan de la route en plongée) alors que le son n'a pas encore pris de rythme ("non tout va bien").
Quelque chose se trame dans notre dos (vues dans le rétroviseur, a travers des amorces de voiture) : le danger surprend par derrière (la femme énervée arrive par derrière), et dans la série d'images courtes qui suit, environ un plan sur deux va adopter cette idée du danger derrière toi : des gens qui se retournent, des regards qui changent de direction, des rétroviseurs.
L'autre moitié des images choisissent la carte de l'accélération : des voitures qui roulent, qui arrivent souvent vers nous, des travellings avants, des plans de + en + courts, une musique de + en + aigu, des plans de + en + serrés, jusqu'à la collision.

Cette idée de mélanger les effets de surprise et d'attente, ça nous secoue entre deux émotions contradictoires, pour augmenter l'effet d'intensité.
Selon Hitchcock, dans une scène, soit on montre la bombe caché dès le début, soit on la fait exploser sans prévenir. Là il me semble que c'est comme si on faisait les deux en même temps.

Et malgré les quelques clichés de la bande-annonce, je trouve ça particulièrement efficace. Après, peut-être que des centaines de bande-annonces utilisent aussi cet effet mais le dissimulent mieux, dans ce cas les plus mauvais films seraient les plus faciles à analyser.
Par williamlaboury
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Mardi 17 juin 2008
A force d'écouter parler des critiques de cinéma à la télé et à la radio, j'ai eu envie de monter une espèce de topologie de leurs défauts, pour mieux les saisir et essayer d'avoir plus de recul sur leurs avis. Vu l'étendu du domaine, j'ai préféré m'appuyer uniquement sur l'émission radio Le Masque et la Plume, mais on retrouve les mêmes tendances ailleurs, dans des émissions comme Le Cercle (Canal+).

Le Masque et la Plume c'est une émission de critique culturelle consacrée chaque quinzaine au cinéma, le dimanche à 20h sur France Inter. Sur 50 minutes, une équipe de 4 ou 5 critiques issus de la presse "débattent", selon une conception particulière du débat, autour des films en salle.

On y trouve Jean-Marc Lalanne, journaliste aux Inrockuptibles (photo1), Xavier Leherper de Cinélive (photo2), Alain Riou du Nouvel Observateur (photo3), Pierre Murat de Télérama, Danielle Heymann de Marianne, Eric Nohof de Madame Figaro, et enfin Michel Ciment de Positif.

Jean-Marc Lalanne, Xavier Leherper, Alain Riou
Le tiercé gagnant.

Que France Inter ait une telle émission c'est génial pour entendre divers avis et donc se forger le sien, c'est pour ça que je m'apprête à dire du mal d'une émission que j'aime pourtant bien.
Parmi les films cités, je n'en ai vu que quelques uns mais peu importe : je veux avant tout pointer des défauts de méthode critique, plutôt que de blâmer des opinions.

Quand un critique de films va au cinéma toute la journée, j'imagine qu'il est tenté de commencer son travail avant la projection, histoire de le boucler plus vite. Ca peut se comprendre pour des films comme Astérix aux Jeux Olympiques qui annonce 6 mois plus tôt son gaspillage pour des apparitions de stars; c'est pas non plus une raison pour préparer sa démolition avant de l'avoir vu. Jean-Marc Lalanne (Les Inrocks) est expert dans cet art du préjugé : il demande à mettre Astérix au programme de l'émission histoire de se préparer une bonne partie de débâcle jouissive. Ecoutez l'extrait.



En entendant ça, on a tout de suite envie d'accorder moins de crédit aux commentaires des "spécialistes". Quand on voudrait entendre des avis forts et argumentés, on a plutôt droit à des jugements infondés et des termes vagues, comme l'indétrônable adjectif "intéressant". LE mot à tout dire, celui qu'on met pour finir sa phrase avant que l'autre nous coupe la parole, celui qui semble résumer tout mais surtout n'importe quoi. Ci-dessous un florilège de ses utilisations au Masque et la Plume. On pourra s'amuser a discerner son emploi sincère et justifié (c'est intéressant car ça suscite l'intérêt et la curiosité) de son emploi abusif (c'est intéressant car j'ai rien à dire sur ce film).



Mais même quand on a un argument pour descendre un film, il faut encore que celui-ci soit un minimum valable. A titre d'anti-exemple, le déchirant réquisitoire sans argument de Danielle Heymann (Marianne) à propos de Romain Duris dans Paris :



Et tout de suite après, une spectatrice du public
lui emboîte le pas dans sa folle course au non-argument :




En bref, n'allez pas voir Paris, car Duris reste sur son balcon et Binoche à un mauvais coiffeur.

Et sinon,
au Masque et la Plume, on n'a pas le droit d'être neutre devant un film. Qu'est-ce qui peut pousser des journalistes à vouloir se montrer aussi virulent, même en l'absence d'argument ?
Certainement l'ordre de passage. Il semble qu'on distribue la parole aux journalistes selon leur avis, pour permettre de rester dans une contradiction constante : "J'adore ! -Moi je déteste ! -Mais si c'est génial ! -Non c'est à chier ! "
Même si ce plan garantie cinq rebondissements par minute, il pousse les critiques à se caricaturer, parce que si Gédéon dit "bah c'est pas génial.." quand le journaliste concurrent vient de dire "c'est formidable !", ça fait un peu le mec qui n'a pas d'avis. Donc Gédéon va s'empresser de dire "Non, c'est une merde cosmique!!!" pour la simple et mauvaise raison que, euh...
Juliette Binoche est mal coiffée.
Les illustrations foisonnent, on peut par exemple écouter Xavier Leherper (Cinélive) sur No country for old men (très grand succès critique). Il cherche par tous les moyens à se montrer mitigé, jusqu'à changer d'avis lorsqu'Eric Nohof rejoint son point de vue en s'engouffrant dans la brèche "ce-chef-d'oeuvre-est-pas-terrible".



C'est valable dans l'autre sens aussi, lorsque pour une fois l'assemblée est unanime pour piétiner une merde, Jean-Marc Lalanne (les Inrocks) va se plaire à prétendre que Sans plus attendre est quand même sympatoche. "Regardez, moi je sais apprécier les films simples et médiocres." Je ne suis pas pour le conformisme, mais y'a quand même des limites.



Cette tendance de la contradiction, elle sert à quoi? Sûrement pas à sauver l'honneur d'un film. On peut deviner qu'une émission dans laquelle des critiques concurrents "débattent" peut vite tourner au concours de celui qui se fera le plus remarquer. Et même si dans ce domaine Jean-Marc Lalanne est déjà champion, la coupe du meilleur égocentrique revient sans doute à Alain Riou (Le Nouvel Obs') pour ses frasques ultra contradictoires. Voici trois morceaux choisis. Congratulation Alain, you're the One !!!






Loin d'être le seul amateur de cirque, il est suivi de près par Danielle Heymann ( de Marianne) dans une envolée frénétique dépourvue d'argument, à propos de Sans plus attendre, déjà cité.



Des fois il n'y a pas d'argument mais il y a des références : c'est pratique, ça fait intelligent et ça ne sert à rien, surtout si elles sont hors-sujet comme celles d'Alain Riou :



Mais plus sérieusement, il y a une chose plus grave que les petits jeux de mise en valeur personnelle. C'est la froideur, l'hermétisme des plus arrogants qui rejette certains films avec dédain.
De ce côté là, Jean-Marc Lalanne (les inrocks) a un vrai problème, particulièrement visible sur sa critique de There Will Be Blood, qui a reçu une reconnaissance unanime par les autres critiques de l'émission.
Ecoutons bien Jean-Marc :



Le problème de Jean-Marc Lalanne, c'est qu'il voit des chose qui ne sont pas dans le film. "Le mot CHEF-D'OEUVRE clignote", dit-il. Si on résume ses arguments contre le film : il ne comprend pas les partis pris scénaristiques, il ne supporte pas le cabotinage de Day-Lewis, il ne supporte pas d'avoir le sentiment d'être dans la tête d'un acteur, il ne supporte pas non plus le rapport du film avec son personnage. Tous ces JE dans sa critique, ça fait beaucoup de subjectivité finalement bien peu justifiée. Qu'est-ce qui peut bien le bloquer autant ? C'est quoi, son "problème physique et allergique avec le film" (selon ses mots) ?
Il me semble que son problème, c'est que tout le monde aime There Will Be Blood. Et qu'en étant aux Inrocks on n'a pas le droit d'être d'accord avec tout le monde. Au passage, les Inrockuptibles on titré "There Will Be Blood : faux chef-d'oeuvre" à la sortie du film.
En fait dans sa critique, Jean-Marc Lalanne fait preuve d'un vrai refus de se laisser happer, une sorte d'instinct qui le pousse à vouloir à tout prix sortir du moule, même au prix d'arguments sans valeur. Il cherche à se montrer plus fin en se refroidissant, alors qu'une des qualités du film c'est son pouvoir d'attraction. Sans toutefois l'ériger en principal intérêt du film (contrairement à ce qu'a fait Danielle Heymann).

Parce qu'au Masque et la Plume, il y a ceux qui regarde vraiment un film et en parlent en restant très proche de leurs émotions, quitte à te raconter le film au lieu d'en faire la critique, et il y a ceux qui utilisent souvent le mot "concept" et qui ont déjà un avis sur le film avant de l'avoir vu. Autrement dit ceux d'en-bas et ceux d'en-haut, et chacun change de catégorie selon l'humeur du moment.
L'auto remake Funny Games US par Mickael Haneke illustre bien cet affrontement entre les naïfs et les hautains :
Danielle Heymann, d'habitude critique d'en-bas (proche de ses émotions, pas d'analyse mais vraie sincérité) critique Funny Games US avec un mépris étonnant et accumule les procès d'intention : "j'espère qu'il n'y en aura pas un troisième en chinois", "je ne supporte pas, je ne supporte pas, et je ne supporte pas."
Pierre Murrat (Télérama) lui emboîte le pas dans le même registre : "la démarche d'Haneke est d'une complaisance totalement ignoble".
Mais... il l'a vu le film ?
Arrive ensuite Xavier Leherper (Cinélive) qui va briser l'hermétisme des critiques d'en-haut :



Xavier Leherper expose un commentaire personnel, sincère et naïf. C'est pas une vraie critique, ok, n'empêche qu'il s'est prêté au jeu, il est entré dans le film, et il rapporte ce qu'il en a ressenti.
Et au royaume de la mauvaise foi, je trouve que ça fait plaisir, malgré les insupportables réactions du type "Si tu as joui tant mieux pour toi, ou tant pis ","Tu tombes dans le piège tendu par Haneke".
Moi je pensais que justement, on allait au cinéma pour se laisser tomber dans des pièges...
En somme on lui reproche d'être entré dans le film, d'avoir accepté ce que propose le cinéaste. C'est triste, quand même.



Au final, malgré certaines analyse instructives souvent signées Michel Ciment -le seul qui ne prenne pas son pied à écraser un film- les critiques radios et télé demande de faire le tri entre mauvaise foi, préjugés, égocentrisme et hermétisme.
Alors quoi, est-ce que le monde va si mal ? Non ça va. Il y a juste des émissions de radio moyennement bien qu'on a quand même le droit d'écouter, et puis sinon au pire y'a des films qui sortent au cinéma.

Et si personne n'est là pour nous dire si les films sont bien ou pas,
est-ce que c'est forcément une mauvaise chose ?
Par williamlaboury
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Dimanche 11 mai 2008
Jesus Camp, documentaire sorti il y a quelques mois.
Encore une affiche à fond blanc, mais avec un tel pouvoir d'attraction que j'ai prié Gaultier de me le prêter.

Le camp de Jésus, une sorte de colonie ou des enfants de 10 ans passent leur temps a hurler leur amour pour Dieu et à pleurer leurs péchés. Et un grand frisson d'effroi en voyant ce film dans lequel une gamine prie Dieu pour l'aider a lancer sa boule de bowling. Une autre veut devenir manucure pour évangéliser des dames. Et des gosses sont entrainés a acclamer une silhouette de G.Bush en carton.

On apprend des tas de choses dans ce film, nottament qu'au sein d'une communauté d'extrême droite, tout existe en version Chrétienne, même le Heavy metal chrétien.


On assiste aussi à une absurde Maccarena version Dieu : sur une musique Dance, une salle bondée chante en choeur "Lève la jambe pour Jésus Christ, Lève le bras pour Jésus Christ, Jésus Christ is in the house !"


On suit d'abord un présentateur de radio chrétien mais défendant la séparation de l'Eglise et de l'Etat. On sent ses propos raisonnés, sains (et non pas saints), sa foi sincère mais lucide.

Puis on suit une fondamentaliste qui anime le camp de Jésus. Elle, c'est le genre à blâmer les enfants qui lisent Harry Potter parce que, dit-elle, "dans l'Ancien Testament Harry Potter aurait été mis à mort". On suit cette dame préparant ses réunions et prier Dieu pour que son diaporama Power Point fonctionne. "Non Satan, tu n'empêchera pas le vidéoprojecteur de fonctionner".

Et enfin, moment très réussi dans le film, la rencontre de ces deux personnes lorsque la dame intervient dans l'émission de radio en tant qu'auditrice. Le film cherche alors à questionner ce fossé entre des chrétiens raisonnés et une communauté radicale, et les causes de cet écart.

Mais le sujet principal du film, c'est les enfants. Ces petits êtres sans défense qu'on voit soumis aux prières, pleurer sous le poids de la misère du monde, faire des sermons anti-avortement, répandre la bonne parole dans la rue, toujours sous le regard exigeant de leurs parents. Et ça devient une course à celui qui priera le plus fort, qui versera le plus de larmes, parce que les enfants veulent voir des aldultes satisfaits, et que les adultes veulent voir des enfants en transe pour Jésus Christ.

Bref, cette communauté effrayante ET influente, dont je ne soupçonnait même pas l'existence, est très bien résumée dans une belle métaphore finale que je vous laisse le soin de découvrir. Parce que ce qui fait la grande force du film ce sont ses images qui parlent d'elles mêmes de cet "authentique génocide morale", une formule de Bijan Anquetil qui donne un nouvel éclairage sur le titre du film.

Par williamlaboury
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Samedi 10 mai 2008
23h50, il est tard pour mes ptits yeux, et j'ai encore la vaisselle de la journée à faire. Donc je fais pas un gros article long à préparer, juste un coup de gueule /
/ coup de coeur du soir.

Coup de coeur pour Flore m'a montré le film Control réalisé par le photographe Anton Corbijn, qui raconte la vie de Ian Curtis, leader du groupe Joy Division.
Jamais entendu parler ? C'est pourtant le nom que portaient les bordels nazis.



En voyant le film et sa lumière, j'ai été frappé par un sentiment de joie intense. J'étais heureux de découvrir ce qu'il est possible de faire avec la lumière. La façon dont Anton Corbijn la modèle, sa manière de façonner le visage des personnages m'a fasciné. Il me semble que la lumière, bien utilisée, a ce pouvoir de te faire entrer dans le film en rendant les images proches, fourmillantes de détails, généreuse d'ombres et de textures. Je pense qu'une telle image peut rendre le spéctateur attentif à tout le reste du film, et donc à l'essentiel (l'histoire), à condition de ne pas trop rester fixé sur cette lumière. Ca a été mon problème en voyant Control : difficile de se détacher de la lumière du film alors que je m'occupe de celle du film de Jean-Thomas "Equilibre", et qu'étant presque néophyte j'ai besoin d'en voir, d'en avoir, d'en savoir.


Retour à Control, c'est à son visionnage que j'ai ressenti le besoin de m'insurger. M'insurger contre les odieuses utilisations qui sont faites du Noir et Blanc, par exemple dans des films amateurs de gens pas très sûrs d'eux qui cherchent à se crédibiliser en mettant un filtre N&B au montage. C'est retro ! C'est artistique ! C'est... Cinématographique !


C'est surtout prendre le taureau par le mauvais bout : un film qu'on trouvera "artistique" résulte de recherches visuelles qui ont pour aspect l'usage du N&B : ce n'est pas la cause de sa dimension artistique, et celui qui rajoute ce filtre N&B n'aura un résultat que superficiellement artistique, auquel il manquera l'essentiel des qualités visuelles.


Je ne connais pas tous les usages du N&B, mais on l'utilise par exemple pour pouvoir ce concentrer sur les lumières avant de se coltiner les problèmes de couleurs. Exemple tout con : tourner en N&B permet de mélanger la lumière du jour (couleur froide) et un spot (couleur chaude), alors qu'en couleur on obtient des lumières bleues et oranges sur l'image, et c'est moche. C'est pour ça que dans beaucoup de cas, contrairement à ce qu'on entend, je trouve que la couleur est une étape supérieure au N&B, une étape plus complexe. La confusion vient du fait que le mode automatique est en couleur, et que le simple choix du N&B suppose une démarche artistique, même aussi minimale que celle de "faire beau". Du coup, dans l'amas de vidéos de vacances amateures, celles en N&B sont le dessus du panier simplement parce que le filmeur s'est posé une question, et que la couleur n'est jamais perçue comme un choix délibéré (et si on voyait en noir et blanc ce serait l'inverse).
Ca c'était ma gueulante contre le Noir et Blanc artistique de pacotille.
Sauf que dans Control, ça change.



Les images de Control sont incroyables, mais quel est la place du Noir & Blanc
dans ce succès ?

Que serait le film, en couleurs ?
Et surtout, quelle en serait notre perception ?
Car très certainement, le Noir & Blanc m'a poussé a observer la lumière, il a mis en évidence la beauté des nuances lumineuses. Mais dans Control ça ne fait pas tout, et je lance cette idée dans l'espace comme une ampoule sans son fil : il y a une beauté qu'on ne sait pas nommer dans ce film, quelque part dans l'alliance du N&B, du travail des lumières et de l'esprit du créateur.
Et encore mieux qu'artistique ou cinématographique,
moi jtrouve ça carrément mystique.



Par williamlaboury
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Salut

  • williamlaboury
  • : Un blog pour parler des images qu'on fait, et aussi celles qui rentrent dans nos yeux, au cinéma, sur les abris-bus ou au dos des paquets de céréales.

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